Revue Sources

On ne cesse de fantasmer sur le « temps », expression équivoque à souhait dans notre langue. Le temps qui court ou qui s’envole n’est pas celui qu’il fait aujourd’hui ou fera demain. La météo ne se prédit pas au chronomètre. Il y a des temps forts et donc aussi des temps faibles, des temps pleins et des temps vides. Les uns et les autres ne se mesurent pas en secondes, mais en intensité. Flambées furtives, les plus importants inaugurent de nouvelles ères. Ainsi, les chrétiens conviennent-ils que la naissance de Jésus – à la « plénitude des temps » – est le moment le plus fort de leur l’histoire, même si l’événement parut anodin aux contemporains de l’enfant de Bethléem.

Rien ne sert de compter nos années si on ne se soucie pas de leur donner du poids.

Ceci dit, le temps n’est que la mesure du mouvement. On ne parle de durée quantifiée qu’en présence d’êtres mobiles. Même les glaciers bougent. Leurs progressions ou retraits peuvent donc faire l’objet d’une datation. L’univers tout entier est en mouvement. Ses déplacements permettent aux astro-physiciens de déterminer les étapes de son expansion. Seule, l’éternité de Dieu, immobile et immuable, échappe au temps. Nous venons au monde et nous nous envolons. Naissance et mort, croissance et déclin imprègnent nos existences fugaces et celles de nos civilisations.

Ne confondons pas cependant l’être contingent et temporaire avec la mesure qui le jauge. Il est assez plaisant de constater comment les humains fêtent ou cachent leurs anniversaires. Une périodicité qui les émeut davantage que le statut réel de leur santé. Ils adorent ou redoutent la mesure de leurs années, mais négligent ce qu’elle doit mesurer. Rien n’est plus relatif et dérisoire que le compte chiffré de nos vies. Pendant des siècles, les humains ont fixé leur date de naissance en fonction des souverains régnant à leur époque. Et même des famines qui frappaient leur territoire. Quant à nous, nous nous réglons prosaïquement sur l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel! D’autres, plus réalistes, affirment qu’ils ont l’âge de leurs artères ou la jeunesse de leur cœur. Une jauge qui, pour être moins précise, est plus proche de la réalité. Rien ne sert de compter nos années si on ne se soucie pas de leur donner du poids.

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