Revue Sources

Le propre d’un instrument à cordes est d’être sensible aux variations atmosphériques. Il faut le réaccorder sans cesse pour qu’il soit au diapason des autres instruments. Pourrait-on en dire de même de nos vies? Ne sont-elles pas aussi délicates que les harpes ou les cithares? Nous sommes des instruments fragiles, en proie à de multiples dérèglements. Il arrive même que nous ne fassions plus aucune musique!

L’envers lumineux du monde

Pourrions-nous envisager l’été comme un temps de réaccordage? Un temps pour retrouver le « la » qui nous permet de jouer notre partition au milieu des autres et avec eux. A chacun d’inventer son chemin, mais il contient pour tous le même appel à se libérer de ses adhérences. Prenons un peu de hauteur et de légèreté! Nous sommes créés pour la louange, non pour la plainte. La louange fait en nous une musique d’anges. Elle naît de la petite distance qui permet de s’étonner à nouveau. Elle n’est pas une naïveté, encore moins une négation de la dure réalité, elle est une posture de foi, le choix d’un regard qui scrute le mystère des êtres et des choses.

Si le monde subsiste malgré la violence qui le déchire, c’est que Dieu nous tient en sa main et que cette maintenance se révèle plus prometteuse que l’arrogance des puissants.

Maurice Bellet[1] raconte l’histoire d’un homme ordinaire qui, au milieu d’une journée très ordinaire, est frappé d’une vision qui l’éveille tout à coup à un autre regard. « Il voit ce qu’il a toujours vu bien sûr (…) et pourtant, ce qu’il voit, c’est l’envers lumineux du monde. A moins que ce ne soit l’endroit, et que notre regard ordinaire ne voie que l’envers de la tapisserie, confus et laid. De l’autre côté, de l’autre côté est la merveille. »

Si nous nous désaccordons si facilement, serait-ce que notre regard s’arrête trop souvent à l’envers de la tapisserie? L’été nous attend comme une invitation à chercher « l’envers lumineux du monde », là où les choses ne sont plus simplement des choses, mais deviennent des signes. Là où le visible se met à parler pour nous offrir une rencontre, là où le monde et les visages deviennent le berceau d’une secrète présence.

Si le monde subsiste malgré la violence qui le déchire, c’est que Dieu nous tient en sa main et que cette maintenance se révèle plus prometteuse que l’arrogance des puissants. Travaillons à sauver en nous la mélodie de la louange qui n’est pas l’oubli de la souffrance, mais la persévérance à croire que sous chaque « maintenant » une main se tend qui nous invite à dire oui et merci, malgré tout.

« Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite, pareille à une flûte de roseau que tu puisses emplir de musique. »(Tagore)

(Texte paru dans Panorama, juillet-août 2011)

[1] Les allées du Luxembourg, Desclée de Brouwer, 1996


Francine Carrillo

Francine Carrillo

Francine Carrillo, théologienne et poète genevoise. Ses écrits appréciés pour leur enracinement biblique et poétique ouvrent la voie à une pratique renouvelée de la méditation chrétienne.

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