Revue Sources

L’Eglise melkite accueille tous les catholiques qui, comme l’auteur de ces lignes, sont en pleine communion avec Rome, mais souhaitent vivre occasionnellement une eucharistie selon un rite différent, loin de toute routine.

« Melkite »? Qu’est-ce que c’est que ça? Etymologiquement, ce mot signifie « du parti de l’Empereur ». Les conquérants arabes du VIIe siècle trouvent en effet dans les patriarcats d’Alexandrie et d’Antioche des chrétiens pour le moins divisés, conséquence des querelles christologiques des premiers siècles du christianisme. Ils donnent ce nom à tous ceux qui pratiquent le rite byzantin et conservent la foi orthodoxe issue des conciles d’Ephèse et de Chalcédoine, par opposition aux différents courants monophysites ou nestoriens.

Les fidèles redécouvrent l’importance des icônes et du chant hérité des Eglises d’Orient.

Au cours du XVIIIe siècle, des rapprochements de plus en plus serrés se font jour entre une partie non négligeable des prélats et des fidèles melkites avec l’Eglise de Rome. En 1724, la rupture est consommée entre les melkites catholiques et les melkites orthodoxes, et en 1744 le pape Benoît XIII reconnaît Cyril VI comme patriarche de l’Eglise grecque catholique melkite. Il est à relever qu’à partir de cette époque de nombreux écrits pontificaux insistent solennellement pour que cette Eglise puisse conserver ses rites propres. Je cite parmi tant d’autres la constitution de Benoît XIV Demandatam coelitus humilitati nostrae, qui interdit la latinisation de ces rites, et l’encyclique de Léon XIII Orientalium dignitatis qui va dans le même sens.

Contrairement à d’autres Eglises orientales, l’Eglise melkite n’est pas une Eglise nationale. Elle peut concerner tous les fidèles, quelle que soit leur origine. Ainsi en 1990, à Fribourg, des familles fondent la Fraternité Catholique du Christ Sauveur et célèbrent à l’ancienne chapelle du couvent dominicain de l’Albertinum une liturgie de rite byzantin en langue française. Dans ce cadre, les fidèles redécouvrent l’importance des icônes et du chant hérité des Eglises d’Orient. Personne d’entre nous n’a oublié l’émouvante visite de Sa Béatitude Gregorios III Laham, Patriarche d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem, le vingt-et-unième dans la lignée des Patriarches Grecs Melkites Catholiques depuis 1724. La liturgie byzantine de saint Jean Chrysostome ou de saint Basile le Grand a quitté l’Albertinum. Depuis plusieurs années, elle est maintenant célébrée chaque deuxième dimanche du mois à l’église paroissiale Saint Jean, à Fribourg.

Dans les murs? Hors les murs? En tout cas, une partie du deuxième poumon, comme aimait le rappeler Jean-Paul II. Ce poumon est la tradition orientale, si nécessaire à la respiration de l’Eglise dans son ensemble.


Roland Pillonel

Roland Pillonel

Roland Pillonel, membre de l’équipe rédactionnelle de la revue Sources, est responsable à l’Université de Fribourg de la formation des enseignants du cycle secondaire.

 

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