Revue Sources

Au fait, que faut-il entendre par « Eglise », label que l’on croyait protégé jusqu’à l’arrêt d’un tribunal britannique qui en reconnaît l’usage aux scientologues du Royaume-Uni? Qu’appelle-t-on aussi « mariage » quand ce terme recouvre les unions homosexuelles? J’ai l’impression que les institutions qui ont bravé les orages du temps se dissolvent maintenant.

Ainsi, notre vieille Eglise catholique serait moins une citadelle qu’une « spiritualité » diluée dans un magma indifférencié où se mêlent et s’entremêlent les humanistes de tout poil, les adorateurs de Vishnu, les Mormons polygames, les cœurs purs des crêtes du Jura et tant d’autres humains de plus ou moins bonne volonté. C’est ainsi que beaucoup voudraient qu’apparaisse notre Eglise ou regrettent qu’elle ne le soit pas. Une communauté sans odeur ni couleur, insignifiante pour tout dire.

Nous rêvons d’une Eglise mise à jour (aggiornamento), qui respire l’air du large tout en n’abandonnant pas le roc sur lequel elle est fondée

Que répondre à cela? Tout d’abord un constat. Il y a belle lurette que des milliers, voir des millions de catholiques baptisés ont quitté la place forte sur la pointe des pieds ou en claquant le portail d’entrée. Ils vivent leur croyance ou leur non croyance « hors les murs », détachés de toute pratique religieuse régulière, et se méfient des confessions de foi trop bien définies. D’autres avouent leur « sensibilité chrétienne », mais rejettent tout contact avec une institution qui se réclame de cette mouvance. L’évangile serait-il devenu une valeur folle? Et Dieu une marque non déposée?

Face à ces courants vagues et indéfinis, voici l’archipel des îlots identitaires, entourés de hautes murailles dogmatiques et de principes éthiques verrouillés. Ces murs protègent les assiégés contre les intrus qui voudraient s’infiltrer. Ils interdisent aussi de s’aventurer hors de l’enclos fortifié. Parmi les multiples sectes retranchées dans ces forteresses, vouant aux gémonies ceux qui demeurent au dehors, mentionnons la dernière en date, celle d’Ecône, verjus de la vigne conciliaire. Mais il en est tant d’autres!

Où nous situer dans cette mêlée? Et bien, dans la maison de Pierre que Jean XXIII a aérée. Les persiennes sont largement ouvertes et les baies éclatent de lumière. Du moins, c’est ainsi que nous rêvons d’une Eglise mise à jour (aggiornamento), qui respire l’air du large tout en n’abandonnant pas le roc sur lequel elle est fondée. Nous vivons le paradoxe d’être au milieu du monde sans pour autant lui appartenir. Un défi qui nous oblige à l’ouverture, sans cesser d’être fidèles. Corde raide qui nous expose à deux dangers: soit nous nous enfermons dans de prétendues certitudes et rejetons des hommes et des femmes que Dieu aime, soit nous nous diluons dans une opinion commune anonyme qui nous impose sa loi.

Aurons-nous le courage lucide de garder droite notre marche? Le regard fixé sur Jésus-Christ?

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