Revue Sources

Non, ce dossier ne se veut pas en premier chef un hommage rendu  à notre artiste suisse Alberto Giacometti. Bien que son «homme qui marche» et ne marche pas, à l’instar de la flèche de Zénon d’Elée qui «vibre, vole, et ne vole pas[1]» ait pu nous inspirer. Homo viator, fait pour marcher, mais pour aller où? A-t-il seulement une idée préconçue de son itinéraire? Ou reste-t-il là, figé et planté, comme les disciples au jour de l’Ascension, tétanisés par le départ du Maître.

De la marche du disciple à la suite ou au côté du maître, il en sera précisément question dans ce dossier. Un thème traditionnel dans un Ordre qui pendant des siècles a voué une fidélité quasi inconditionnelle à la pensée d’un Maître particulier. Qu’en est-il aujourd’hui?

L’heure n’est plus au sommeil; il est grand temps de se lever et de reprendre la route.

Un Ordre marqué pourtant par l’itinérance de Dominique, invitant ses frères à se décentrer pour aller aux «marches» – ce mot signifie aussi frontière – de la pensée chrétienne, à la recherche d’un Dieu toujours lointain et mystérieux. Notre dossier reprend à ce sujet les injonctions que le Maître des Prêcheurs,  Bruno Cadoré, adresse à ses frères au moment où ils célèbrent huit siècles de parcours dominicain. L’heure n’est plus au sommeil; il est grand temps de se lever et de reprendre la route.

Une marche qui n’est pas l’apanage des seuls Dominicans. Ils la vivent avec l’ensemble du peuple de Dieu en route lui aussi vers la «joie imprenable», au terme d’un exil sur une terre qui n’est pas la sienne.

Un exil bien réel et concret, celui-là, vécu par des milliers de migrants «déroutés» par les guerres, la famine ou la persécution. Notre dossier fait allusion à l’Arménie et au Moyen Orient. Nous avons voulu aussi faire écho aux poèmes d’Erri de Luca dénonçant en termes poignants ces marches forcées, indignes de notre humanité.

Et la marche, tout simplement? Le plaisir de flâner à tout âge et à toute saison, à travers villes ou buissons? Promenades de santé, sans autre but que celui de suivre son rythme et d’aller à son pas… Une riche littérature sur ce thème vers laquelle nous ne pouvons qu’orienter nos lecteur. Nous n’avons retenu qu’un seul titre. Son auteur est un ami. Il parle du jogging découvert à l’âge de sa retraite et il démontre tout le plaisir qu’il y trouve.

Un plaisir aussi que vous aurez sans doute en parcourant ce dossier et en prenant en compte les quatre rubriques qui l’accompagnent. Et, bien sûr, ne manquez pas de nous faire signe. Nous travaillons avec vous et pour vous.

[1] «Zénon! Cruel Zénon! Zénon d’Êlée!
 M’as-tu percé de cette flèche ailée
 Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!» Paul Valéry

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